Il y a une semaine le gouvernement lançait le site www.jaimelesartistes.fr avec comme crédeau la lutte contre le piratage. On peut y retrouver des rubriques tel que : Sanctions, Surveillance, Filtrage et protection de sa connexion à Internet… Enfin bref, un site qui va dans le bon sens et promeut les artistes et leurs créations…

En réponse à cette énième tentative contre le piratage, le nom de domaine www.jaimepaslesartistes.com a été déposé et affiche un message directement destiné de l’industrie musicale. Extrait:
“Vous n’en avez rien à foutre des artistes. La seule chose qui vous préocuppe, c’est la survie
d’industries fossiles qui ne savent pas ou ne veulent pas s’adapter au changement. Vos
actions de communication sont maladroites. Vous ne maîtrisez pas Internet, vous ne comprenez
pas ce qui en fait un vecteur de médias à part, vos partenaires non plus.
Comment pouvez-vous prétendre légiférer pour ce support?”
Malheureusement, cela reflète assez la réalité de la musique aujourd’hui. Le rapport entre les maison de disques et internet n’a été qu’une succession d’erreurs comme le souligne Hervé Rony (SNEP) en 2007 :
- 1998 : visiblement, l’industrie du disque a senti le vent du numérique arriver. Mais plutôt que de chercher à le conquérir le plus vite possible, ça a été une réaction de peur et l’établissement de l’initiative SDMI pour contrôler la distribution (par l’usage), le fiasco que l’on sait.
- 2001 : Napster arrive, offre ce que les internautes attendaient des maisons de disques (non pas forcément la gratuité, mais la liberté et la simplicité d’accès). C’est un acteur privé, centralisé, avec lequel il est possible de négocier. Bertlesmann va d’ailleurs le croire et investir. Une plainte est déposée, Napster est fermé, Bertlesmann est poursuivi. Un interlocuteur important en moins avec lequel négocier.
- 2002 : Kazaa prend le relai, c’est un réseau décentralisé plus difficile à faire tomber, mais rebelote. Procès, on refuse l’investissement, on refuse toute négociation qui ne soit pas complètement déséquilibrée en faveur des majors, et Kazaa est envoyé au cimetière des réseaux P2P. Un interlocuteur commercial en moins.
- 2002/2003 : Face aux difficultés de Kazaa et au risque judiciaire, les communautés open-source s’organisent et créent eMule et BitTorrent. Deux protocoles libres qui donnent naissances à des réseaux totalement indépendants, impossibles à contrôler, avec lesquels il ne reste plus personne avec qui négocier. La chaise d’en face est vide.
- 2003/2004 : Face au même constat, l’IFPI coordonne un effort international de s’attaquer en priorité… à ses propres clients, les consommateurs. C’est le début des vagues de plaintes, heureusement assez vite interrompues en France, pour des raisons essentiellement techniques et juridiques d’ailleurs.
- 2004/2006 : impuissante, l’industrie persiste dans son choix de 1998 de contrôler la distribution par des DRM (ndlr : blocage de l’utilisation des fichiers à un certain nombre de fois par exemple), et accentue sa politique de répression et “d’éducation” qui ne mène à rien. Très impopulaire et inefficace. Le P2P continue de croître, le disque continue de chuter. Il n’y a plus personne avec qui négocier, les lois ne changeront rien, c’est l’angoisse.
- 2007 : Face au mur, le dogme des DRM tombe enfin avec EMI, et l’industrie se précipite sur des solutions de derniers recours : la musique gratuite financée par la publicité. C’est la vague des Spiralfrog, Deezer et compagnie. Là, à mon avis, nouvelle erreur stratégique. La publicité ne peut pas financer la musique consommée à la carte, le format n’est pas adapté, et le modèle économique va vite s’avérer totalement bidon (j’imagine, je peux me tromper). Mais l’industrie elle-même aura participé de l’idée que la musique, finalement, c’est effectivement gratuit. Quand tous ces services seront fermés, il sera encore plus difficile qu’avant de faire marche arrière vers le payant.
Les dirigeants des grandes majors sont complètement déconnectés de la réalité de la musique aujourd’hui. Lamentable exemple en juin 2008 (que j’avais déjà relaté à l’époque) de Pascal Nègre (PDG d’Universal) qui affirmait :
« [...] quand vous cherchez un titre, il n’est pas très loin de chez vous. Parce que si vous allez le télécharger au Japon, avant que vous atteigniez le Japon et qu’il revienne, vous allez mettre trois jours avant de le télécharger. Et clairement on l’a vu nous, quand à un moment donné, on a fait fermer un certain nombre de serveurs sur Emule, on a vu que pendant une semaine, c’était beaucoup plus long pour télécharger et beaucoup plus compliqué. »
La méconnaissance d’Internet est dramatique pour ce secteur qui doit trouver au plus vite un modèle économique viable plutôt que rester sur ses positions et d’essayer de réfreiner ce que les gens tiennent déjà pour acquis.
Autre “site-réponse” à jaimelesartistes : http://www.jaimelesinternautes.com/ qui s’oppose (plus constructivement) à la loi Création et Internet.







